Réathlétisation ultra-précoce


A travers cet article, nous avons souhaité mettre en exergue que la réathlétisation, étape complémentaire à la rééducation, peut débuter très très tôt dans le processus de prise en charge du sportif blessé. Le cas présenté ci-dessous est assez atypique pour qu’il mérite qu’on s’y attarde un petit peu.

Extrait du livre « La réathlétisation du genou » éditions 4TRAINER


Généralement, suite à une blessure, s’en suit une période de repos plus ou moins longue, puis une opération chirurgicale (selon le type de blessure), puis une période de rééducation. Avec la flèche temporelle ci-dessus, tirée du livre « La réathlétisation du genou », nous avons isolé les moments clefs permettant de débuter la réathlétisation. Habituellement, cette phase est commencée par le kinésithérapeute, lors des séances de rééducation, puis accentuée et prolongée par le préparateur physique, sur le terrain de sport. Cependant, la réathlétisation peut débuter beaucoup plus tôt, avant même la rééducation, avant même la chirurgie !

L'histoire initiale

Eline, 18 ans, est une jeune athlète de pentathlon moderne. Elle a l’habitude de s’entraîner plus de 20 heures par semaine.

Au cours d’une semaine type, elle a des entraînements de :

 Natation – Escrime – Équitation – Athlétisme – Tir – Préparation physique



Étant licenciée au club de Nantes Natation, Eline était déjà prise en charge en préparation physique par 3PSC, avec le groupe Elite. La sportive a toujours eu une scolarité adaptée à ses pratiques puisqu’elle a déjà participé à des triathlons.

C’est au cours d’une séance d’athlétisme que son genou a subit une lésion importante (luxation de la rotule droite), sur un pas-chassé retourné, fin mars 2015. Une opération chirurgicale était prévue 2 mois plus tard, pour fin mai 2015 : une auto greffe sur son ligament latéral interne, afin de stabiliser sa rotule. La saison de pentathlon de la sportive a donc été stoppée, au moment où elle devait participer aux compétitions les plus importantes.

La prise en charge

Éline avait l’habitude d’avoir un suivi médical et physique très soutenu avec des séances de rééducation, d’ostéopathie, et de préparation physique (avec 3PSC), et ce, toutes les semaines. C’est donc tout naturellement que, après sa blessure, elle ait été prise en charge par son kinésithérapeute habituelle. Avec l’accord de ce dernier, des mois d’avril à mi-juillet, la réathlétisation s’est faîte sur place, en complément des séances de rééducation.

La prise en charge en réathlétisation s’est faite très précocement et en deux temps :
– Pendant 2 mois avant l’opération
– Pendant 3 mois après l’opération.

Voici la planification prévue :



Réathlétisation 2 semaines après sa blessure (2 mois pré-opération du LLI)

Avec l’accord du médecin et la collaboration du kinésithérapeute, le travail de réathlétisation a pu compléter celui de la rééducation, deux semaines seulement après la blessure au genou de l’athlète. La prise en charge a donc été très précoce.



Les objectifs étaient les suivants :

– Accentuer le travail effectuer en rééducation, sur des terrains de sport : salle de musculation, piscine ;
– Reprendre très rapidement la marche ;
– Confirmer le travail musculaire effectuer avec le kinésithérapeute, sur le membre lésé ;
– Continuer la musculation du haut du corps effectuée pendant la saison 2014-2015 ;
– Accompagner mentalement l’athlète meurtrie en gardant la routine des entraînements ;
– Anticiper et inhiber la perte de force et de masse maigre sur le membre lésé ;
– Solliciter la jambe saine afin d’éviter de créer des compensation et des déséquilibres musculaires et proprioceptifs importants.

La fin de la saison étant actée, seule de l’endurance de force a été imposée aussi bien pour le haut du corps que le bas du corps. Deux mois après la blessure, Éline avait reprise pratiquement toutes ses sensations sportives, sans toutefois pouvoir courir de manière complètement libérée.

► En ce qui concerne le travail musculaire, un travail important a été fait sur le haut du corps avec une sollicitation particulière sur les dorsaux, les pectoraux, les deltoïdes et les triceps. Le genou lésé a rendu difficile d’effectuer un gainage de qualité. Il a fallu que la sportive soit en position surélevée pour pouvoir en réaliser.



► Sur le bas du corps, les fessiers, les ischio-jambiers et les adducteurs ont été sollicités, sur les deux jambes. Le travail a été effectué à poids de corps et avec des élastiques à faible résistance.

► Pour ce qui est des activités dynamiques, Éline a repris la marche avec son kinésithérapeute et le travail a été accentué avec l’un des préparateurs physiques de 3PSC. Par la suite, la sportive a pu faire de la marche arrière, des demi-fentes puis des fentes avant complètes.

► Très tôt, nous avons pu l’accompagner sur le bord du bassin pour qu’elle effectue des montées de genoux, des talons-fesses dans l’eau, et de la nage (surtout avec pull boy entre les cuisses). L’objectif était de retrouver une amplitude articulaire convenable, sans les contraintes du contact au sol.

La vidéo ci-dessous vous présente une suite chronologique

de quelques exercices effectués par l’athlète.

Vous constaterez également ses progrès au cours du temps :

Réathlétisation 2 semaines après l’opération du LLI

Après une seule semaine de repos et de rééducation seule, le travail en réathlétisation a repris, là encore, de manière précoce. Cependant, l’objectif ici était sportif puisqu’il y avait une échéance compétitive avec le championnat du monde de combiné course-tir de pentathlon, prévu pour fin septembre 2015.

► Contrairement à ce qui s’est produit après sa blessure, cette fois-ci, la jambe lésée était immobilisée. Il était donc impossible de solliciter le bas du corps. Pour maintenir les capacités aérobies et de puissances à la sportive opérée, elle usa de beaucoup de séquences sur ergomètre (en gardant les jambes immobiles, pratiquement tendues) et de séquences avec la corde à ondulation (debout et assise). Un protocole de force max a été utilisé sur le haut du corps, et le gainage traditionnel a pu être amorcé un mois après son opération.

► Le travail proprioceptif a débuté à 1 mois post-opération, tout d’abord en bipodal. Il a été laissé à l’appréciation du préparateur physique. Au fur et à mesure du temps, la proprioception s’est complexifiée, jusqu’à devenir unipodale, dynamique et multitâche.



► A partir de juillet (à 2 mois post-opération), un travail important en squat, squat sumo, fentes-avant, soulevé de terre, leg flexion et chaise à ischio-jambiers a été effectué. La méthode Pletnev a été employée pour augmenter le gain de force sur les cuisses. Pour le haut du corps, des thrusters et des mouvements d’haltérophilie de type épaule et jeté (seulement le jeté !) ont apporté le gain d’explosivité suffisant pour la compétition du Championnat du Monde à Perpignan.

► En ce qui concerne la nage, l’athlète a pu nager en nage complète seulement 1 mois après son opération. La brasse était seulement proscrite.

► Pour la marche et la course, nous avons débuté par une reprise des appuis en salle, avec de la marche avant-arrière, sur la pointe des pieds. Puis nous avons utilisé l’échelle de rythme, dehors, et des appuis type école de course, sur la piste d’athlétisme. A partir du 3ème mois, nous avons recherché à augmenter le potentiel aérobie de l’athlète, à la course. De plus, l’épreuve du combiné du pentathlon moderne étant un 4 x 800 mètres (donc plutôt à dominante aérobie) entrecoupés de 4 x 5 cibles à viser au pistolet, il était important de s’approcher de la discipline de l’athlète. Pour cela, nous avons prescrit beaucoup de séquences en continue et en intermittent long de type 60-60 ou 60-120. Toujours sur les recommandations de son kinésithérapeute, Éline a aussi eu du VTT, pour l’aider à retrouver une flexion convenable, et aussi pour rompre la routine. Éline n’a jamais couru sur tapis, ni fait du vélo d’intérieur.

La vidéo ci-dessous vous présente une suite chronologique

de quelques exercices effectués par l’athlète. 

Vous constaterez également ses progrès au cours du temps :

Perspective

Éline a pu participer au Championnat du Monde de combiné Course-Tir, organisé à Perpignan, fin septembre 2015. Deux mois plus tard, elle fît sa première compétition officielle de la saison 2015-2016, à Aix en Provence, sur un pentathlon entier, où elle termina 6ème toute catégorie et 3ème junior.
L’objectif à moyen et long terme, pour elle, est de figurer parmi les meilleures françaises pour espérer toucher le Graal et participer aux Jeux Olympiques de 2020, à Tokyo. Concernant son genou, les douleurs et les gènes ont complètement disparues. L’athlète a pu reprendre l’équitation.



Bilan

S’il fallait encore le prouver, encore une fois, l’article met en évidence l’aspect indispensable d’une prise en charge supplémentaire à la rééducation. L’entraîneur sportif intervenant dans son champ de compétences est ainsi invité à collaborer avec le kinésithérapeute et le médecin pour participer à la prise en charge du sportif en phase de réathlétisation. Si, dans la plupart des cas, la réathlétisation est souvent amorcée par le kinésithérapeute, puis complétée et continuée en post-rééducation par le préparateur physique (du club ou en indépendant), le cas présenté ci-avant montre que le concept de réathlétisation peut-être débuté en amont de la chirurgie, pour inhiber les pertes métaboliques, cardio-vasculaires et respiratoires (effets du désentraînement).

Si le sujet vous passionne, vous trouverez des informations dans notre livre dédiée à « La réathlétisation du genou », aux éditions 4TRAINER.

Si vous souhaitez obtenir une véritable plus-value en matière de réathlétisation, 3PSCHOOL met en place une formation intégralement consacrée à ce sujet. Plus d’information ici



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