Critique littéraire sur « La bible de la préparation physique »


Mon avis subjectif, mon analyse, ma mauvaise foi !

52fde39dff22ad155a0b59e2

 

Disons le tout de suite, il fallait être culotté pour donner le mot « Bible » à un livre dédié à la préparation physique, discipline très vaste et en perpétuel mouvement. En effet, la réalité des études d’aujourd’hui ne sera peut-être pas celle de demain et même avec de futures éditions, un titre plus formaliste et généraliste aurait été, en mon sens, moins présomptueux.

Avant de rentrer dans le vif du sujet, sachez que ce livre n’est pas à mettre entre toutes les mains. Il est pointu sur certains points et si vous n’avez pas de base de physiologie, de biochimie et de méthodologie d’entraînement, il sera très difficile à appréhender.

Première approche du livre : un pavé !

On est ébahie par la quantité : 640 pages ! Quatorze sujets sont abordés et ils sont tous très variés et très différents les uns des autres. Cependant, quand on regarde le nombre de pages du chapitre sur l’endurance spécifique (130 environ) on constate que les autres sujets sont abordés en 40 pages en moyenne. C’est peu et très hétérogène ! Un glossaire final aurait été appréciable pour retrouver des détails précis situés au cœur d’une thématique. Tout comme il aurait été judicieux de détailler le sommaire pour qu’on se retrouve dans tout le contenu des chapitres.

La lecture du livre est clair, limpide, et les illustrations sont plutôt bien pensées. Il se lit vite et c’est plutôt une bonne chose pour ce genre d’ouvrage spécifique. On est agréablement surpris par le nombre de page qu’on ingurgite en peu de temps ! C’est bon signe ! Sur la forme, il faudrait être sacrément difficile. Le livre est plutôt agréable.

Néanmoins, j’ai constaté que des choses curieuses se sont immiscées dans le sommaire. En effet, l’ensemble du livre est plutôt centré sur la performance sportive et on est en droit de s’interroger sur le chapitre sur la perte de poids. Que vient-il faire ici ? Tout comme le chapitre 5 qui, globalement, analyse un certain nombre de mouvements de musculation sans réel objectif. Il aurait été plus cohérent d’introduire cette partie dans le chapitre 6 ou 7 voir le 8 ou le 9.

Deuxième approche du livre : le dedans le livre !

Tout livre sur la préparation physique se dote d’un minimum de théorie contenant des rappels ou des nouveautés plus ou moins précis et plus ou moins généralistes. Les auteurs ont fait le choix de faire quelques rappels à chaque chapitre. Choix judicieux qui est bien amené pour certains sujets et moins pour d’autre. Le souci est qu’on est parfois noyé dans la soupe de théorie qui agrémente les chapitres et qu’il faut souvent revenir en arrière pour expliquer telle ou telle notion physiologique (d’ailleurs, il est indiqué de le faire dans le préambule).

Pour vous aider à vous y retrouver je me suis permis de préciser le contenu théorique (et seulement théorique) des chapitres :

Contenu théorique

Chapitre

L’entraînement dans son ensemble

Introduction

Les tests (enfin, pas tous !)

Comment identifier les besoins ?

Biochimie des filières

Comment développer son endurance spécifique ?

Théorie sur les graisses et la surcharge pondérale

Comment perdre du poids ?

Anatomie

Comment optimiser la musculation ?

Les régimes de contractions, le RM

Comment développer sa force maximale ?

Physique de la force

Comment développer sa force explosive ?

Les différentes vitesses, analysés des foulées

Comment développer sa vitesse ?

L’hypertrophie

Comment développer sa masse musculaire ?

Les articulations, les étirements et l’échauffement

Comment développer sa souplesse ?

La biomécanique et les neuroscience

Comment développer son équilibre ?

Les différentes formes de gainage

Comment développer un gainage fonctionnel ?

Ensuite, lorsque je me suis attardé un peu sur le réel contenu des chapitres, je m’étonne de trouver autant de pages sur la biochimie des filières énergétiques dans le chapitre sur l’endurance spécifique et presque rien à ce sujet sur les parties répondant aux questions sur l’amélioration de la vitesse et de(s) force(s) (puisqu’il y en a plusieurs à ce qu’il paraît!).

Pourquoi ne pas avoir fait un imposant chapitre exclusivement théorique au début du livre sur ce point et détailler ensuite d’un point de vue plus pratique le développement des différentes filières ?

Le biotechnologiste que je suis ne peut qu’apprécier les détails biochimiques des réactions métaboliques. L’ennui est que, en mon sens, ça n’apporte pas grand chose de savoir tout cela lorsqu’on veut entraîner. Détailler la glycolyse, la chaîne respiratoire et le cycle de Krebs (dans ce cas, pourquoi seulement s’intéresser aux substrats et aux produits des réactions sans indiquer le nom des enzymes ?) pour expliquer ce qui se passe dans les cellules n’a pas grand intérêt. Lorsqu’en page 109 il est indiqué « qu’il n’est peut-être pas nécessaire de tout retenir –c’est un euphémisme- seulement l’essentiel (figure 26) » alors pourquoi avoir placé des dizaines des pages avec autant de détails chimiques ? Et justement, la figure 26 était amplement suffisante, avec la 13 et la 11. De plus, je ne peux que regretter certaines erreurs faîtes notamment dans l’équilibre de certaines réactions chimiques. Ben oui, c’est pas de chance, avant d’être préparateur physique, je suis avant tout un scientifique spécialisé dans la biochimie !

Hasard du calendrier, en ce moment, je dois établir une planification pour améliorer la vitesse d’un athlète sur 400 mètres. Je me suis donc plongé sur le chapitre dédié à la vitesse et à la planification. J’ai été très surpris de lire seulement 30 pages de chacun d’entre eux. Ils manquent cruellement d’approfondissement. Les exemples en tableau des planifications ne sont pas assez complets et son trop généralistes même s’ils donnent une idée de ce qu’il faut faire. C’est dommage car, selon moi, planifier des séances d’entraînement au bon moment est ce qu’il y a de plus difficile et de plus important dans la préparation physique et le livre n’insiste pas assez la dessus. Savoir doser les phases de charge et de décharge est essentiel et c ‘est ce qui fait la différence entre un bon préparateur physique et un coach ne prenant que des données sur internet sans recul sur le public entraîné et la discipline pratiquée. Il aurait mieux valu retirer le chapitre sur la perte de poids et enlever la dizaine de pages sur les réactions métaboliques et développer ceux sur la vitese et la planification.

Des détails très pertinents sur des mouvements de musculation sont retrouvés dans le chapitre « Comment optimiser la musculation avec les bons mouvements ». Une excellente analyse a été faîte sur les méfaits du tirage nuque. On en trouve une autre pour le tirage menton, le développé couché, le pull over et le squat (une analyse comparative avec le demi-squat aurait été judicieuse). Je trouve dommage que les auteurs se soient arrêtés à ces mouvements.

Pourquoi ne pas avoir analysé tous les autres ? Pourquoi ne pas avoir comparé la musculation en machine VS la musculation non guidée ? Qui de la press ou du leg flexion si controversés dans la littérature ? J’aurais aimé voir une partie sur le Cross Fit dont les publications récentes démontrent des concepts intéressants.

L’un des chapitres qui aurait dû être plus détaillé est celui sur la force explosive. Expliqué en seulement 23 pages (celui de la perte de poids en fait 40 !!),c’est clairement insuffisant. Je m’attendais à avoir des précisions sur des exercices de pliométrie et surtout des mouvements d’haltérophilie.

Troisième approche du livre : les + / les - !

Ce que j’ai le plus aimé

  • La facilité de lecture.
  • Le nombre de sujets abordés.
  • Les illustrations.
  • La mise à jour des connaissances de beaucoup de domaine.
  • L’insistance faîte à l’aspect qualitatif et non quantitatif.
  • La prévention souvent mise en avant.

Ce que j’ai moins aimé

  • Le manque de cas concret applicable sur le terrain.
  • Des sujets pas assez approfondis (vitesse, mouvements musculaire, tests, l’échauffement, planification).
  • Des thèmes manquants(crossfit, haltérophilie, réathlétisation).
  • Le mélange théorie – pratique à chaque chapitre.

Dernière approche du livre : bilan !

Finalement, je reste sur ma faim. Pour quiconque titulaire d’une licence STAPS voulant réviser des cours de physiologie et de biomécanique, le livre peut apporter secours. Pour quiconque sortant d’un BPJEPS il peut également apporter des connaissances actualisées sur beaucoup de sujets. Pour l’entraîneur par contre, la personne du terrain, rien n’est moins sûr. On reste sur notre faim tant les données théoriques sont légions dans le livre. Je lui préfère le livre « Sport, santé et préparation physique » (des Editions Amphora ), que je trouve plus complet et plus directement en lien avec l’entraînement.

Vous avez aimé cet article ? Partagez cette page via :